Cette marque a raison. Vous avez tort.

Ici à l’Agence, on est payé pour faire évoluer les comportements d’achat, agir sur la perception et faire changer d’avis sur une marque, un produit ou un service (…du moins on essaye).

A ce jour, nous n’avons en revanche jamais réussi à nous montrer suffisamment présomptueux pour nous croire capables de changer des vies (rendre l’existence de nos consommateurs meilleure grâce à l’apport dans leur quotidien des marques pour qui nous travaillons).

Pourtant, faire d’une marque une donneuse de leçons, gardienne du sens de la vie et des bonnes manières, ça peut se faire, ça s’est fait et fût un temps ça marchait bigrement bien.

N’accordons-nous pas en effet toujours autant de crédit à ce bon vieux Nike qui nous intime l’ordre de chaque jour nous dépasser (veules attentistes que nous sommes) et de ‘FAIRE’ plutôt que de simplement réfléchir ?

Adopter une posture de marque supportrice, incitative (voire dirigiste) était l’un des marronniers des deux décennies qui viennent de s’écouler, mais les crises à répétition et les nombreuses désillusions des consommateurs semblaient avoir sonné le glas de ces stratégies de marques qui ‘nous disent ce qu’on doit faire sans forcément s’attarder sur le ‘pourquoi on doit le faire‘ …

Ainsi, une marque comme Adidas qui nous assurait jusqu’à il n’y a pas si longtemps que rien n’était impossible (sous-titré « tu peux vraiment faire mieux espèce de chiffe-molle« ) a fait une petite cure d’humilité via sa nouvelle plateforme « All in »  (qui se préoccupe désormais plus de démonter à quel point elle est impliquée et intéressée par le sport que nous pratiquons, plutôt que d’essayer de nous faire enfiler un jogging coûte que coûte..)

J’en veux aussi pour preuve le « Go Forth ! » de Levi’s qui quelques années auparavant aurait été un véritable motto ayant pour vocation de faire rugir et bouger toute une génération mais qui dans cette ère post/intra crise a été traité sous l’angle romanesque de la douce inspiration et de l’évasion (plus une obligation ni une doctrine mais une simple ouverture).

Même constat avec le « Be Stupid » de Diesel qui nous démontre lui aussi que certaines marques ne se sentent plus de jouer au coach de vie face à des consommateurs affranchis du paternalisme marketing.

Hélas pourtant, cette humilité retrouvée des marques vis-à-vis de leurs consommateurs est encore loin d’être devenue une généralité et il existe encore bon nombre d’annonceurs papa-poules convaincus qu’ils vont changer nos vies et qu’ils ont la solution miracle à notre mal-être.

La toute récente campagne Chevrolet signée Herezie inaugurant la nouvelle plateforme européenne de la marque en est une belle preuve.

http://www.youtube.com/watch?v=_DBJLJsKXnk&feature=player_embedded

Voici ce que ce film m’a dit:

Chevrolet pense que vous êtes passé à côté de plein de belles choses dans votre vie mais que vous méritez mieux. Changez de voiture sera pour vous le début d’une nouvelle vie, une vie où tout est possible, une vie où tout un Monde d’opportunités s’ouvre à vous. Une vie où vous serez enfin celui que vous avez toujours rêvé d’être : « Make it Happen »

Voici ce que ce que j’en pense:

Faire du rôle de Chevrolet dans nos vies (nous donner les moyens d’aller  d’un point à un autre le plus confortablement du Monde) le point de départ d’une vie meilleure, m’est apparu comme la prise de parole automobile la plus suffisante et imbue d’elle-même depuis celle d’Audi qui promettait une belle âme et  de nouvelles conquêtes sexuelles à ses clients…

Faire changer d’avis plutôt que d’essayer de faire changer de vie.

Je vivais dans la douce et naïve utopie que les marques et leurs agences savaient enfin raison garder.

J’ai commis une erreur.