Grandeur et décadence de la publicité idéale

Rapide chronologie d’un échec annoncé:

  • Un jour j’ai créé une agence et je me suis arbitrairement nommé directeur de son planning stratégique (pour résumer j’ai voulu faire comme Jérémy Dumont ).
  • Un jour j’ai aussi voulu embaucher plein de stagiaires pour accompagner le développement de l’Agence (ce qui s’est avéré un peu trop classique pour être efficace: à voir ici).
  • Alors un jour j’ai commencé à faire beaucoup de compéts en répondant à de nombreux appels d’offres. (et je n’ai gagné qu’un seul client: celui-ci).
  • Puis j’ai créé un blog sur lequel j’ai juré que j’allais mettre la strat du siècle en ligne. (et je n’ai rien fait et suis donc sur le point de perdre mon client).
  • Et finalement il y a eu aujourd’hui.

Au départ, je faisais contre mauvaise fortune bon cœur, je gardais la foi, fier de mon entreprise et fier de ce que j’étais sur le point d’accomplir.

Mais depuis peu, tout cet équilibre a volé en éclats. Une agence concurrente m’a en effet démontré que ma quête d’un idéal publicitaire était vaine et qu’ils avaient bien mieux compris que moi, vers quels horizons la communication devait emmener les marques. Cette agence concurrente m’a ainsi fait prendre conscience de mon infinie ignorance.

We believe the world would be better if brands realised their Big Ideals.

Ogilvy et son Big ideaL (nouvelle philosophie positionnant l’offre du réseau, expliquée ici) m’ont ainsi fait comprendre que mon existence n’était que foutaises et que mon manque d’optimisme avait corrompu ma perception d’un Monde meilleur, où la communication serait vectrice de plus d’humanité .

Ogilvy big-ideal1

Le Big IdeaL énonce ainsi que « Le Monde serait meilleur si chaque jour d’avantage de femmes se trouvaient plus belles« , ce à quoi, seule une marque comme Dove (au meilleur d’elle même) peut répondre, en agissant avec désintéressement afin de sauver tout ce que notre planète compte comme M.I.L.F déconcertées par les canons actuels de la beauté.

Dove Self Esteem Fund

Un jour, j’ai cru être planneur (voire même Le Planneur), j’ai cru aimer les marques. Mais jamais je n’ai eu assez d’ambitions pour elles, jamais je n’ai compris leur véritable vocation, jamais je n’ai essayé de leur faire changer le Monde.

Pourquoi j’ai eu tort et pourquoi Ogilvy a eu raison?

Parce que de nombreuses marques ont d’ores et déjà changé le Monde: Enron, Andersen Consulting, Lehman Brothers, AIG, General Motors, Chrysler,…, ces marques ont fait de nos vies ce qu’elles sont aujourd’hui. Elles aussi avaient pourtant des idéaux, mais par la force des choses, elles ne se sont pas montrées au meilleur d’elles-mêmes (c’est le moins qu’on puisse dire) et plutôt que d’agir en réponse à une tension sociétale, ont été créatrices de tensions. Un Big IdeaL inversé en somme, qui lui au moins a déjà fait ses preuves.

J’ai donc pris une grave décision, au regard de mon indiscutable incompétence, je décide de mettre la clé sous la porte et je ferme, ce jour, définitivement l’Agence.